La Cité Provisoire : Les Familles

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Dieppe - Cité Provisoire : la famille GUEDON

Famille GUEDON

Voici des photographies partagées par André Guédon et son épouse Marie Thérèse au 123 B avenue Makensie King

Avenue Makensie King




Témoignages de Madame et Monsieur Guédon André ( arrivé en 1948 et parti en 1959).

MON ECOLE A LA CITE PROVISOIRE N'AVAIT PAS DE NOM. Mon école était tout en bois. Il y avait une maternelle mixte, les garçons et filles ensuite étaient séparés. Chez les garçons il y avait quatre classes. Les différentes parties étaient séparées par le logement du directeur. Sous le préau, il y avait des lavabos, nous devions nous y laver les mains. Les urinoirs et les toilettes à la turque étaient au fond de la cour. Les porte-manteaux étaient à l'extérieur de la classe. La cour de récréation était grande mais cailloutée, de nombreux genoux doivent s'en souvenir. (elle a été goudronnée vers 1960) Les classes étaient grandes, nous y étions nombreux. Elles étaient chauffées par des poêles à charbon individuels, protégés par des pare-feu grillagés. L'élève qui se trouvait auprès du poêle avait la responsabilité d'y mettre avec un seau le charbon. Nous avions des bureaux à deux places avec un banc. Les bibliothèques étaient au fond de la classe. J'ai été à la maternelle et en primaire avec Mrs NAVARRE & BOURGEON. Nous écrivions à la plume et à l'encre violette, un élève devait remplir les encriers avec une bouteille à bec verseur, c'était périlleux. Pour la correction des dictées, les meilleurs élèves corrigeaient et expliquaient aux plus médiocres. Mr NAVARRE nous apprenait la musique, il jouait du violon.Mr BOURGEON lançait depuis son bureau sa règle sur la tête des mauvais élèves ou des indisciplinés. Il y avait aussi la punition au coin. Les tours de cour de récréation les mains derrière le dos et le bonnet d'âne. Pour la fête des mères, nous apprenions un poème que nous illustrions. Pour Noël nous décorions un vrai sapin dans chaque classe avec des guirlandes et des bougies. Nous avions un goûter. Notre jour de repos était le jeudi. Dans la semaine nous allions à l'école Jules Ferry pour la douche. Nous y allions en rang deux par deux. Parfois nous y allions aussi pour voir dans une grande salle à l'école des garçons un film en noir et blanc. Le samedi, nous apportions la cire et les chiffons et nous cirions nos bureaux. Ma mère m'a inscrit à l'école Louis Vitet pensant que ce serait mieux. C'était surtout très bien pour les mollets car je devais faire deux aller-retour par jour, il n'y avait pas de cantine, pas de bus. Et qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige, il fallait y aller et à la nuit tombante je n'étais pas très fier. En 1944, l'armée anglo-canadienne installa des baraquements pour les troupes et le matériel.

Après la guerre en 1947 le"camp de transit" est affecté à l'hébergement et devient LA CITE PROVISOIRE, c'est un vrai village avec des rues : rue de la chaudière, de Montréal, du St Laurent et même une avenue : l'avenue de Mackensi King Il y a eu aux alentours de 1500 habitants.

Il y a des commerçants : Mr CHEVIN coiffeur, Mr MONNEVEU mercerie, Mr LANGLOIS épicerie-boulangerie, Mr PROUIN charcuterie Mr DESJARDIN réparateur de vélos... Mr GOUBERT était le gardien et organisateur des fêtes. LA CITE a cessé de vivre vers 1975 pour faire place à l'hypermarché Mammouth. ( ANDRE GUEDON 4 MARS 1944.)

Anecdote : René Pinel facteur de Marie Thérèse Huguet l'épouse de André Guédon.

J'ai eu le plaisir de déguster " MA POMME " le 5 novembre 1955. René Pinel, un ami de la famille a apporté sa pomme pour le dessert le jour du mariage de ma sœur, ainsi une trentaine de convives ont pu déguster sa pomme.

MA VIE A LA CITE PROVISOIRE 1948-1959

Je suis arrivé à la cité en 1948 avec mes parents Lucien et Geneviève Guédon, mon frère Pierre l'ainé et Jacques le cadet qui était né en oct 1947.

Notre maison était confortable avec électricité,eau, wc à" la turc, fosse septique. Bien des logements n'avaient pas ce confort dans la ville.

Nous avions une cuisinière qui chauffait toutes les pièces.

Sur le côté de la maison un coin de verdure où ma mère faisait pousser des fleurs de toutes sortes et un jardin à St Pierre où mon père cultivait des légumes.

Entre notre logement et celui de la famille Roiné il y avait un poulailler où nous élevions poules, canards, pigeons et aussi des lapins.

Alors il fallait aller avec mon frère chercher du manger à lapin dans le bois de Rosendael. Le jeudi il fallait vider les cabanes et pour ne rien perdre porter le fumier dans une remorque (à pied) jusqu'au jardin.

Pour les poules et canards nous allions acheter du blé chez Biville dans le haut de la côte de Rouen ou glaner dans les champs, auparavent nous y avions acheté les petits poussins.

Mon père faisait du cidre avec un pressoir à main, dans la buanderie, c'était encore bien du travail car il fallait entretenir les fûts, les cuves, laver les bouteilles et bien sûr j'étais de la partie!!!

Mon père avait décidé de faire une cave sous une chambre alors il a gardé tous les parquets qui avaient été démontés pour faire les coffrages, il récupérait le sable des égouts pour faire le béton.

Mon père et mon frère creusaient et moi je remontais la terre glaise avec des bassines. J'avais 10 - 11 ans et j'ai manipulé bien des mètres cubes.

Le soir après le repas, mes parents allaient jouer aux cartes chez les voisins : Alligny, Montalan,Tela,Pegard,Quibel. Tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre.

De chez nous, nous avions une vue extraordinaire: la mer déchaînée, l'arrivée des bananiers et des dragueurs de mine dans le port, la multitude de bâteaux hollandais éclairés au moment de la pêche aux harengs, les feux d'artifice, les courses sur l'hippodrome, mais aussi l'incendie du printemps et du prisunic en juillet 1957(des billets de banque calcinés ont volés jusqu'à la cité).

On voyait le chapiteau des cirques s'installer sur le parc Jehan Ango.

Le vent soufflait fort sur le plateau , la lumière sautait beaucoup à l'époque nous avions du 110 Volts et quand toutes les habitations s'éclairaient il y avait une forte baisse de tension et nous n'avions plus que des veilleuses!! Dans toutes les maisons il y avait des bougies, lampe à pétrole et chez moi lampe à carbure que mon père égoutier de son métier à la ville de Dieppe utilisait pour descendre dans les égouts.

Nous avons été les premiers a avoir la télévision en 1956, c'est Mr Brayer rue d'Ecosse qui avait fait l'installation, un mât d'environ 20 mètres avec 2 râteaux et bien fixés. Il nous fallait un transformateur car les baisses de tension étaient courantes. Les enfants du quartier venaient regarder la télé en écartant la haie, au moins ils avaient l'image.

Le jour de "36 chandelles avec Jean Nohain" les voisins venaient voir la télé ( Roussel Bonnet )

Pour aller en ville nous pouvions prendre le bus (les autobus dieppois) dans le haut de la côte de Rouen (av Gambetta), mais le samedi jour de marché il y avait un service spécial qui prenait les passagers à la côte blanche.

Il y avait des commerçants dans la cité, nous allions chercher le lait directement avec notre broc à la ferme à AUZOU au bas du chemin des Vertus, le boulanger COLOMBEL passait tous les jours, Mr BENARD épicier de St Pierre livrait le cidre, pour les courses importantes nous allions avec la remorque à pied au COOP route du Havre (avenue Jean Jaurès).

Le dimanche Léon ROGE passait vendre l'humanité et le journal VAILLANT.

Il y avait aussi l'épicerie Lelong et le boucher Stalin avenue des Canadiens et au champ des oiseaux (emplacement de la rocade) le café-épicerie Biville et Morel au bord de la rue L Fromager (existe toujours).

Le charbon était livré chez Mr Mme Collet avec un cheval nommé BIJOU, à la mort du propriétaire Mr Collet a continué de nourrir et soigner le cheval rue de l'entrepôt.

Le courrier était distribué deux fois par jours (OUI 2 fois) René Pinel a été facteur de la cité.

Il y avait une grande solidarité quand il y avait un décès une quête était organisée pour aider la famille.

Les pompes funèbres venaient avec le corbillard attelé avec des chevaux, sur la porte de l'habitation il posait une tenture noire avec les initiales du défunt. La famille et amis vêtus de noir suivaient à pied.

Je me souviens de la disparition de Michel VINCENT tragiquement en mer 1943 - 1960 , de ? LETARD qui s'était immolé, de Robert Normand qui s'est fait tuer en vélo en allant au jardin avec son père.

Pour les communions ou autres fêtes: entre voisins nous vidions un logement de tous meubles et faisions la cuisine dans la buanderie, il y avait de la place pour faire la fête, les femmes s'entraidaient, servaient et les hommes animaient la soirée avec accordéon, batterie, certains chantaient, dansaient, faisaient des jeux.

Pendant la grande quinzaine du centre ville Mr Cordier installait des hauts parleurs dans la cité, nous avions ainsi le programme des manifestations commenté par Claude Darget (course des garçons de café, des baleyeurs, des facteurs?....) et de la musique.

Pour les fêtes de Noël, nous nous retrouvions en famille, mes grands parents venaient (je garde un immense plaisir à parler de grand mère et grand père) et des voisins (Coesnon).

Un voisin (? Hosche) de l'avenue Mackenzie King passait en fin d'année vendre des cartes postales.

Le sapin était un"vrai" et il était décoré avec des bougies posées sur des petites pinces métalliques, Le sapin était illuminé mais peu de temps car c'était risqué.

Il y avait un jouet pour chacun, des sucres d'orge, des oranges et (un boulet de charbon enveloppé dans du papier alu, une farce que les pères aimait bien faire).

Au 14 Juillet et au nouvel an la fanfare des sapeurs pompiers dirigée par Jules Morin passait dans le quartier, certains enfants jouaient de la cymbale avec des couvercles de casseroles. Plusieurs hommes de la cité jouaient dans la fanfare : Gustave Maupas,les frères Ménard Daniel - Jean- Bernard,Truchot, Evrard , Jakala, Levallois Jean Paul....

De l'école: je garde de bons souvenirs de Mme Olivier femme de service, j'y ai appris à faire la pâte à crêpes.

Dans la cour de récréation, au 1er coup de sifflet on s'arrêtait de jouer et au 2ème coup on se mettait en rang 2 par 2 sans un bruit.

Tous les enfants portaient des blouses , les garçons avaient souvent des culottes courtes et aux pieds des galoches. C'est mon grand père qui réparait mes galoches.

Nous étions récompensé de nos bons résultats par des bons points, 10 bons points = 1 image.

L'école était chauffée avec des poêles à charbon, le boulet était livré par des employés de la ville : Marcassin, Brebion, Couturier et plus tard par Jean Claude RIDEL.

Mon passage à l'école de la cité a été court. je suis allé à Louis Vitet.

L'école commençait en octobre et se terminait au 14 juillet, elle était obligatoire jusqu'à 14 ans.

Le CP était à 7 ans et la fin des études se terminait par le certif , un examen qui se déroulait sur la journée avec de nombreuses épreuves : rédaction,dictée, questions, calcul mental et problèmes, sciences, histoire, géographie, lecture, chant ou récitation(à l'époque nous apprenions La Marseillaise), dessin, travail manuel ou couture, l'écriture était notée.

Les hivers étaient rudes, nous avions souvent de la neige alors nous faisions de la luge assis dans une bassine ou sur un morceau de tôle et nous glissions dans le champ, la pente était bien abrupte.Un instituteur y faisait du ski (? peut-être va t-il se reconnaître)

Dans la cité il restait les fondations du cinéma et de sa cabine de projection, on faisait l'équilibriste sur le mur mais il y avait un vide assez profond et on sautait de la cabine, il y a eu bien des genoux blessés, surtout que nous étions en culotte courte.

Nous récupérions les capsules de bouteilles que l'on frottait sur le bord du trottoir pour qu'elles soient bien lisses et nous jouions au "Tour de France" avec des étapes, des drapeaux, des ponts dessinés à la craie (les capsules étaient nos vélos)

On jouait aussi à la pièce, avec des pièces de 1, 2 ou 5 centimes quand la pièce était retournée côté pile elle était gagnée et aux billes et aux osselets, on sautait à la corde, au cerceau avec une roue de velo sans pneu, au rugby, on faisait des rondes, jouait au mouchoir ( les enfants s'asseyaient en rond et un autre déposait le mouchoir derrière le dos), , au bouchon (il fallait faire tomber le bouchon sur lequel étaient de pièces).

L'été on attrapait les hannetons, on leur mettait une ficelle à la patte , on les faisait tourner, on jouait à l'hélicoptère.

On construisait des cabanes avec des branches et on les recouvrait d'herbe et de feuilles, de belles planques pour discuter avec les filles.

Nous allions aussi dans "la grotte à Zorro" située dans le bas du champ vers le bois de Rosendael, jouions à cache cache, rentrions dans les souterrains et remontions à la surface, faisions la petite guerre avec des batons et jouions à "colin maillard".

Dans ce bois nous y allions pour jouer à Tarzan avec les lianes mais il y avait un garde forestier avec un chien et un fusil alors parfois nous étions poursuivis et il nous fallait courrir vite car il tirait en l'air!

Il nous arrivait aussi de nous réunir et de fumer les lianes!!!!ce n'était pas fameux, on toussait.

Les jours du Mardi Gras et de la mi-carême nous nous déguisions avec des vieux habits, des rideaux.... et allions en groupe frapper aux portes des habitations pour demander des crêpes. Nous étions bien reçu. C'était vraiment une GRANDE FAMILLE.

Avec Alain Mercier nous improvisions des séances de "cinéma", il avait un projecteur, alors nous avions fabriqué un téléviseur avec un carton et un drap pour écran, dans la buanderie il projetait le film et moi caché dans les WC je commentais. Avec du fil de fer nous avions fabriqué une antenne sur le toit de la buanderie. Séance payante 2 centimes, il y avait des spectateurs!!!!!!!!!!!!

Avec son papa j'ai appris à confectionner des casiers en grillage à poule pour aller à la pêche, nous mettions dans le casier une tête de morue, nous posions le casier dans les crans de Pourville et à la marée suivante nous récupérions notre pêche : des crabes.

J'ai aussi appris à fabriquer des bateaux introduits dans des bouteilles avec des ficelles. J'en avais confectionné un dans une bouteille de sirop, je l'avais offert à ma grand mère qui l'a gardé très longtemps.

Les beaux dimanches avec mes parents et grands parents on prenait le panier avec la collation, la bouteille de gros cidre et allions dans le bois de Rosendael.

Tous les ans la fête foraine s'installait , il y avait des balançoires et du tir à la carabine.

Le cirque aussi venait se poser sur la petit place.

Nous allions aussi discuter avec le "père Limare" le berger de Genneville qui venait régulièrement parquer ses moutons dans les pâturages limitrophes, il restait plusieurs semaines avec ses chiens dressés pour garder le troupeau et sa cabane de berger en bois (son mobil home!!). Le berger à cette époque était itinérant.

Plus âgé j'ai joué de l'accordéon avec Jean Louis Roussel chez lui.

En groupe, en vélo nous sommes allés à Ry au parc d'attractions, nous nous sommes arrêtés dans un bistrot pour manger nos gamelles, au retour suite à un ennui technique j'ai perdu le groupe : Thérèse Roussel, Odette Bonnet Gérard Chedru, Jean Louis Roussel.....

Mr Lorain a construit deux maisons au bout de l'Avenue Mackenzie King (Bonnet et ? ? ) grand père des Ets Lorain peinture décor à Dieppe.

L'entreprise Durieux était chargé des travaux de voirie et du goudronnage.

Quand la cité a été détruite, Bourdon ? est resté vivre sur les lieux ( jusqu'à son expulsion vers un terrain de Rouxmesnil) dans une caravane avec sa vache.......... !